Discipline méconnue en dehors du Tournaisis, la Bourle mérite pourtant d’être (re)connue

Bailleul, petit village de la commune d’Estaimpuis. En ce dimanche 18 août, on dispute le deuxième tour du tournoi annuel de Bourle. Pour vous aider à visualiser, imaginez un mélange de pétanque et de curling sur une piste cintrée appelée « bourloire ». Dans la région de Tournai, la Bourle est plus qu’une tradition puisqu’on y joue depuis des siècles. « Il se dit que les Hollandais ont inventé le jeu au fond des péniches vide lors des longs trajets à travers les rivières et canaux », raconte Patrick Wagon, véritable encyclopédie du jeu et président de la Fédération du Tournaisis. L’homme, qui voue une passion sans limite pour ce jeu, est ce qu’on peut appeler un bon client tant il pourrait nous parler pendant des heures de ses projets.

Patrick Wagon, un président qui régarde vers l’avenir

« D’abord, cette bourloire de Bailleul est sans doute la plus belle de la région car c’est certainement la plus ancienne et elle est faite de terre, contrairement aux bourloires plus récentes qui ont un revêtement synthétique, plus esthétique mais beaucoup moins pratique. »

Ce genre de tournoi, c’est aussi une façon de faire vivre les sociétés qui font partie de la fédération : « Cette année, 73 équipes (de quatre joueurs) sont inscrites. Au terme des quatre semaines de compétition, on disputera des finales féminines et masculines. Dans certaines communes, les tournois réunissent parfois plus de cent équipes. C’est le cas notamment de Dottignies où il y a une vie associative très développée avec beaucoup de joueurs occasionnels qui s’inscrivent pour le rendez-vous annuel. »

La Bourle, c’est aussi un championnat régional avec ses 22 équipes issues de 14 sociétés qui disputent un championnat en deux divisions avec son système de montée et de descente : « On joue à partir de la mi-septembre jusque la fin mai, avec une très hivernale. Par contre, contrairement aux autres sports, il y a très peu de transferts car les joueurs restent généralement attachés à leurs racines. Le propre de la bourle, c’est d’être souvent attaché à une salle de café. C’est aussi un motif d’inquiétude car si la discipline vit bien avec un réel rajeunissement des cadres, nous nous inquiétons de la survie des bourloires. Certains patrons de café ne sont pas attachés au jeu, d’autres cafés disparaissent au fil du temps. Idéalement, nous devrions être reconnus comme faisant partie du patrimoine et, comme dans les Flandres (on joue à la Bourle dans les régions de Roulers et de Torhout mais aussi dans le Nord de la France), disposer d’infrastructures communales, histoire aussi d’attirer un public parfois réticent à l’idée de fréquenter les bistrots. »

Souvenir d’un tournoi organisé en… 1921

Dans le Tournaisis, Dottignies (dans la commune de Mouscron) et Hérinnes (Pecq) disposent ainsi de salles communales et le moins qu’on puisse dire est que la Bourle réunit toutes les générations. « Il y a vingt ans, on disait que c’était une activité pour les vieux mais force est de constater que les jeunes adhèrent de plus en plus. Mon rêve ultime comme président de la fédération, c’est d’abord de passer en ASBL puis de tout mettre en œuvre pour qu’on puisse obtenir cette reconnaissance. Si la volonté politique existe, je suis certain qu’on peut y arriver », nous dit encore Patrick Wagon.

Concentration et technique sont de rigueur lors de chaque lancer

La question qu’on peut enfin se poser, c’est de savoir si notre président considère la Bourle comme un sport : « Pour être honnête, à mes yeux ce n’est pas le cas mais si certaines personnes considèrent que la pétanque est un sport, pourquoi pas nous ? Il y a une grande part de technique pour être un bon joueur et si les occasionnels créent parfois la surprise sur une partie, l’expérience fait souvent la différence sur l’ensemble d’un tournoi. »

L’équipe du comité de quartier de Bailleul, qui avait créé la sensation en se hissant dans le carré final en 2018, a d’ailleurs été éliminée d’entrée cette année, ce qui semble confirmer les dires de Patrick Wagon.

Les bourles sont fabriquées en bois par des artisans

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